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Atelier 231 - Centre National des Arts de la Rue

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Article 13 « Un grain de sable dans la machine »

Les compagnies Carabosse et Teatro Linéa de Sombra ont présenté à Viva Cité cette année leur création commune : Article 13, projet franco-mexicain soutenu par l’Atelier 231. Antoine Boyer, journaliste, revient sur cette installation-spectacle saisissante dédiée à tous les migrants disparus. 

Pudeur, discrétion... la senteur ambrée des bougies, élément de bien-être temporaire et rassurant qui évoque instantanément le bain réparateur ou le temple Zen, attire un public déjà séduit vers une piste ensablée. Piège! Le seul bain que nous promet Article 13, concocté par les compagnies Carabosse et Teatro Linéa de Sombra, est une immersion dans la réalité la plus froide.

Cette déambulation, installée en modules quadrillés comme une carte de campagne, évoque de façon militaire et tactique la guerre que l'humain se livre à lui-même. La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme déclare que tout homme a le droit de quitter son pays et d'y revenir : Article 13 rend hommage à tous les voyageurs évaporés dans cette simple tentative du mieux-être. Ainsi, à la faveur d'un coup de carillon qui coupe le spectateur dans son inspection préparatoire des lieux, les acteurs-migrants venus de France et du Mexique narrent leur histoire, chacun dans son secteur de bataille.

Baskets vides posées sur le sable, chemises affalées en autant de cadavres dépersonnalisés car victimes de l'arbitraire, poignées de poussière s'envolant à la grâce d'Eole qui disperse tout... le show commence, et heurte. Ici le récit d'un train mexicain qui ne roule que vers les exactions les plus sordides. Là l'histoire d'un Francilien trop Noir pour être pris pour un Français. A nos portes ou jusque dans les contrées les plus galactiques, l'injustice rapproche les hommes, car elle les frappe avec la même sourde indifférence. C'est ce qu'entend narrer cette installation-choc, supportée par un soleil de charbon et un écran qui diffuse les faits divers avec une glaciale impartialité. Un chaud-froid géopolitique, si on veut. Parfois, surgissent des mobiles qui entendent apprendre à chacun comment déplacer une silhouette sur un circuit de métal. Ou des tapis de cailloux et de bidons d'essence qui évoquent la mort à l'Usine, cette machine qui cloue les hommes -parfois les enfants- à leur condition de rouage d'une mécanique économique dentée et dantesque. Comme cette potence installée l'air de rien à un néon d'atelier : la chaîne, c'est la mort. Plutôt risquer le voyage, l'incertain, la rencontre, que de rester à contempler sa propre essence s'écouler comme le sang sur un étal de boucherie faussement mondialiste. Si les capitaux circulent, pourquoi pas les Hommes?

Puis le carillon retentit et les acteurs se retrouvent sous ce pipe-line industriel, encapuchés dans l'anonymat comme pour s'accorder avec les visages absents des victimes qu'on oublie dès qu'on zappe d'une actu-catastrophe à l'autre, sous une pluie de sable, dans la tornade absurde de la violence aveugle que rien n'arrête -à part peut-être ce grain de sable dans la machine.
 

Antoine Boyer, journaliste
Juin 2012

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Photos © Atelier 231

 

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